Homosexualité et cécité ou malvoyance

Submitted by nacha on Thu, 08/30/2018 - 09:06

Témoignage de Mireille.

 

Le moins que l'on puisse dire est que mon parcours de vie est très atypique. Ce n'est certes pas tous les jours que l'on peut s'attendre à croiser une femme à la fois malvoyante et homosexuelle. Pourtant, c'est bien ainsi que je me définis, puisque je suis presque aveugle depuis ma naissance et que j'ai réalisé la découverte de mon orientation sexuelle dès l'âge de six ans déjà, même si bien sûr, à cette époque, je n'aurais jamais osé utiliser cette expression-là.

 

En ce temps-là et même bien après, jusqu'à l'âge de 25 ans, pour être précise, je me défendais bien d'être celle que j'étais. J'en ressentais un peu de honte même. De surcroît, j'étais une fervente catholique pratiquante (j'ai un peu diminué la pratique maintenant, mais je n'ai jamais perdu ma foi). Alors, comme on dit, "ça ne passait pas".

 

Un déclic s'est cependant produit durant l'année de mon quart de siècle lorsque je suis tombée follement amoureuse d'une jeune femme que j'ai rencontrée au GRSA (Groupement Romand des Skieurs Aveugles). Là, le doute n'était plus permis, et j'ai compris que, décidément pour moi, l'amour se conjuguait au féminin. J'ai ressenti alors une immense libération, comme si enfin, un verrou s'ouvrait.

 

Je n'étais pourtant pas tirée d'affaire pour autant. J'habitais encore avec ma maman qui, dans tout son amour, m'avait donné une éducation très fermée en me surprotégeant, car elle se sentait fautive de ma malvoyance. A vingt-sept ans, j'ai voulu vivre ma vie. J'avais avoué mes sentiments à la jeune femme du GRSA, qui, hélas, ne les partageaient pas. Enfin, ce "hélas" est tout relatif, car il m'a permis de construire l'histoire merveilleuse que je vis aujourd'hui.

 

Ayant décidé de prendre le taureau par les cornes, j'ai passé une petite annonce dans un magazine, indiquant exactement ce que je cherchais. Ma chance inouïe a été que la première réponse reçue a tout de suite correspondu à nos attentes mutuelles.

 

Je suis actuellement en couple depuis vingt ans, pacsée depuis onze ans, avec une femme valide, qui, à force de patience et de discussions pas toujours faciles, a largement contribué à notre histoire d'amour. La cause des difficultés rencontrées n'était pas ma malvoyance, puisque ma conjointe m'a tout de suite acceptée telle que j'étais, mais bien plutôt mon éducation stricte dont je devais à tout prix me défaire pour vivre une vraie vie de femme.

 

J'ai aussi été très chanceuse concernant mon homosexualité, aux niveaux professionnel et relationnel, car je n'ai rencontré que très peu de difficultés. Il faut dire que ma compagne et moi tenons absolument à nous montrer discrètes en toutes circonstances et à ne choquer personne. Le seul événement négatif s'est produit lors d'un camp de ski, lorsqu'une psychologue et un avocat se sont permis de se moquer ouvertement de moi, précisément à cause de cette différence.

 

Ma conclusion est que le handicap, pas plus que l'homosexualité, ne devraient, de nos jours, représenter un obstacle à une vie heureuse. Je suis une preuve vivante du bonheur, non pas "tout fait, tout cuit", mais d'un bonheur qui, jour après jour, avec parfois des colères et des larmes, mais aussi avec patience et sourire, se construit et s'entretient. Tout comme l'on érigerait un chemin, dalle après dalle, et que ce chemin mène tout droit vers le paradis.

 

Texte écrit par Mireille

 

 

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Commentaires

Mireille, votre récit m’a beaucoup touché, et je suis contente de savoir que vous ayez trouvé l’amour. Vous avez autant de droits que quelqu’un d’autre, et je vous souhaite encore beaucoup d’années de bonheur.
Marieke